Se nourrir après l’expulsion du paradis. De la Bible hébraïque à la Vie d’Adam et Ève

Détails

ID Serval
serval:BIB_A2DD2DCAA068
Type
Partie de livre
Sous-type
Chapitre: chapitre ou section
Collection
Publications
Titre
Se nourrir après l’expulsion du paradis. De la Bible hébraïque à la Vie d’Adam et Ève
Titre du livre
La littérature apocryphe chrétienne et les Écritures juives
Auteur(s)
Kaestli Jean-Daniel
Editeur
Édition du Zèbre
Lieu d'édition
Lausanne
ISBN
978-2-940557-00-4
Statut éditorial
Publié
Date de publication
2015
Editeur scientifique
Gounelle Rémi, Mounier Benoît
Numéro
7
Série
Publications de l'Institut romand des sciences bibliques
Pages
27-43
Langue
français
Résumé
La problématique de la nourriture est au centre de l’intrigue de la première partie du récit de la Vie d’Adam et Ève, conservée en latin, arménien et géorgien (ch. 1-21, sans équivalent en grec). Adam et Ève, sitôt après leur expulsion du paradis, font l’expérience douloureuse de la faim et se mettent à parcourir la terre à la recherche de nourriture. En vain : ils ne trouvent rien qui ressemble à ce dont ils se nourrissaient au paradis – la nourriture angélique –, mais seulement « ce que mangeaient les animaux ». L’échec de la quête autonome de nourriture les conduit à formuler un nouveau programme : la pénitence. « Repentons-nous pendant quarante jours : peut-être Dieu nous fera-t-il miséricordre et nous donnera-t-il une nourriture meilleure que celle des animaux, de sorte que nous ne devenions pas comme eux » (VAE 4,3 arm). Ève échouera dans l’accomplissement de ce programme : trompée une deuxième fois par Satan, déguisé en ange, elle sort prématurément de l’eau du Tigre, avant le terme de la période de 34 jours qu’Adam lui avait assignée. Dès lors, elle tire les conséquences de son échec : elle proclame l’innocence d’Adam et décide de partir pour l’Occident, où elle se nourrira d’herbe et attendra la mort, parce qu’elle est « indigne de la nourriture de la vie » (VAE 18,1). Quant à Adam, il mènera jusqu’au bout son temps de pénitence de 40 jours dans l’eau du Jourdain. Du même coup, il obtiendra le bien qu’il recherchait : envoyé par Dieu, l’archange Michel lui apporte des semences et lui enseigne comment semer et cultiver la terre, pour assurer sa subsistance et celles de ses descendants (22,2 lat ; 20,1b arm-geo).
La composition de la VAE est indissociable de l’histoire de la réception du livre de la Genèse. Le lien est évident dans le cas des ch. 15-30 de la Vie grecque (le « Testament d’Eve »), qui sont une réécriture et une amplification de Gn 3 ; mais il est plus difficile à discerner pour d’autres sections du texte et d’autres motifs narratifs. Comme l’a montré G. A. Anderson , une même interprétation narrative des malédictions de Gn 3,14-19 est à l’arrière-plan de trois épisodes : la recherche de nourriture et la pénitence ; la naissance de Caïn et l’expérience douloureuse de l’enfantement ; l’attaque de la bête contre Ève et Seth.
Le lien entre la recherche de nourriture et la pénitence qui caractérise l’intrigue de VAE 1-21 repose sur une exégèse particulière de Gn 3,18b-19a : « Tu mangeras l’herbe des champs ; à la sueur de ton visage tu mangeras du pain ». Plusieurs sources juives montrent que ce passage a fait difficulté : quelle nourriture Dieu a-t-il destinée à Adam ? l’herbe des champs ou le pain ? Une explication, conservée notamment dans Genèse Rabba 20,10, a consisté à distinguer deux moments successifs dans la parole divine : « “Tu mangeras l’herbe du champ”. Lorsqu’Adam entendit cela, son visage trembla et il dit : “Quoi ! Serai-je attaché à la mangeoire comme le bétail ?” Le Saint, béni soit-il, lui dit : “Puisque ton visage a tremblé, tu mangeras du pain” ». Cette exégèse, qui présuppose une vocalisation spéciale du texte hébraïque (zî‘âh, tremblement, au lieu de ze‘âh, sueur), est à l’arrière-plan du récit de la VAE.
Pourquoi le récit de la quête de la nourriture et de la pénitence d’Adam, présent dans les formes latines, arménienne et géorgienne de la VAE, ne figure-t-il pas dans la Vie grecque d’Adam et Eve (appelée aussi Apocalypse de Moïse) ? La recherche se partage entre deux grands types d’explication. (1) Le plus souvent, on considère que le forme brève conservée en grec est la plus ancienne ; le récit de la pénitence a été ajouté secondairement au texte, dans un ancêtre grec dont dérivent latin, arménien et géorgien. Cette thèse s’appuie surtout sur un argument de critique textuelle : le modèle commun des versions se rattache à une famille de manuscrits grecs caractérisée par une série de leçons que l’on tient pour secondaires. (2) Selon l’autre explication, minoritaire, le récit de la pénitence appartient à la forme première de la VAE ; son absence dans le texte grec résulte d’un processus d’amputation et de remaniement. J’estime que les arguments en faveur de la forme longue l’emportent : (a) une même exégèse narrative des malédictions de Gn 3 se retrouve à l’arrière-plan de la partie propre aux versions (épisodes de la quête de la nourriture et de la naissance douloureuse de Caïn) et de la partie commune à tous les témoins (épisode de l’aggression de la bête contre Ève et Seth) ; (b) la cohérence du texte long est assurée par la récurrence dans les diverses parties d’une série de motifs, notamment le motif de la nourriture et celui du juste rapport entre hommes et animaux.

Mots-clé
Life of Adam and Eve, Apocalypse of Moses, Food, Jewish Exegesis
Création de la notice
26/11/2017 18:26
Dernière modification de la notice
21/08/2019 5:13
Données d'usage