De gaz et de particules. Ethnographie de la construction sociale et politique des problèmes publics de la pollution de l'air et des changements climatiques dans la haute Vallée de l'Arve

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ID Serval
serval:BIB_6B3EFF5251D1
Type
Thèse: thèse de doctorat.
Collection
Publications
Institution
Titre
De gaz et de particules. Ethnographie de la construction sociale et politique des problèmes publics de la pollution de l'air et des changements climatiques dans la haute Vallée de l'Arve
Auteur(s)
SAVIOZ ALEXANDRE
Directeur(s)
CLIVAZ Christophe
Codirecteur(s)
FORNEY Jérémie
Détails de l'institution
Université de Lausanne, Faculté des géosciences et de l'environnement
Statut éditorial
Acceptée
Date de publication
2021
Langue
français
Résumé
La Vallée de l’Arve est un territoire qui s’étend des hauteurs de la Vallée de Chamonix à la ville de Genève, dans le département de la Haute-Savoie (74). L’enquête s’est focalisée sur la haute Vallée de l’Arve, composée de deux collectivités territoriales, la Communauté de Communes du Pays du Mont-Blanc, et la Communauté de Communes de la Vallée de Chamonix-Mont-Blanc.
Suivant une approche socio-anthropologique, les premiers pas de cette recherche ambitionnaient d’interroger l’appréhension des habitants d’un territoire touristique de montagne confronté aux changements climatiques. Suivant un processus d’itération, l’enquête a ensuite été réorientée par une démarche empirique et inductive vers des questionnements intégrant la thématique de la qualité de l’air.
Cette thèse propose ainsi de s’intéresser à la construction politique de deux enjeux environnementaux dans cette région en tant que problèmes publics : les changements climatiques et la pollution de l’air. Son objectif est de rendre compte de la complexité de ces thématiques à travers l’expérience des populations locales en suivant leur itinéraire respectif et leur appropriation ou non par des mouvements sociaux. Bien que les controverses liées aux changements climatiques soient omniprésentes à l’échelle nationale et internationale, le phénomène demeure difficile à appréhender à l’échelle locale, même lorsqu’il renvoie à des réalités pourtant bien tangibles, comme c’est le cas dans la région étudiée avec notamment le recul des glaciers. En effet, les sensibilités environnementales se polarisent davantage autour des problématiques liées à qualité de l’air, qui constituent un enjeu majeur de santé publique et qui relèvent d’un ancrage historique de plusieurs décennies de luttes collectives, préexistant aux débats liés aux enjeux climatiques dans la région. Les nombreux liens, amalgames, rapprochements, glissements et confusions rencontrés au cours de l’enquête entre ces deux thématiques témoignent d’une compréhension des enjeux climatiques à partir de référentiels connus, qui s’inscrivent dans l’histoire collective des acteurs investis.
Afin d’aborder ces enjeux, cette recherche emprunte à la perspective sociologique constructiviste des “problèmes publics”, qui réfute une vision naturaliste des problèmes, en postulant que ceux-ci sont construits à travers un processus de problématisation de la réalité. Dans ce processus, les mobilisations citoyennes jouent un rôle fondamental. De fait, cette recherche se focalise sur la genèse et sur les motivations de mouvements sociaux qui sont apparus dès la fin des années 1980 dans la haute Vallée de l’Arve, reformulant leurs revendications à travers différents processus de cadrage.
Concernant ces derniers, à l’encontre des approches qui insinuent une concurrence des cadres (framing contest), de dispute des cadres (frame dispute), ou de dispute autour de la résonnance des cadres (frame resonance dispute) formulées par Benford et Snow (Benford, Snow, 2012 [2000]), mais également contre l’idée d’un “cadre unique” (unique frame) ou d’un “cadre générique” (generic frame) (Borah, 2011), cette thèse postule l’existence d’une cohabitation des cadres ou de cadrages mixtes (mixed frames) (Ibid.). Je considère également que l’impulsion de ces cadres relatifs aux enjeux environnementaux repose sur des facteurs externes aux mouvements sociaux qui nuancent la vision rationaliste de l’action collective.
Enfin, un regard sera porté sur l’évolution des « registres d’action » (Ollitrault, 1999, 2008) mobilisés par les militants des mouvements sociaux depuis les premiers pas du mouvement contestataire au début des années 1990. Cette évolution se caractérise par une ouverture des stratégies mises en œuvre par l’action collective, mais également par les différents groupes de militants qui pilotent les mouvements sociaux.
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The Arve Valley is a territory that stretches from the heights of the Chamonix Valley to the city of Geneva, the French department of Haute-Savoie (74). The investigation focused on the upper Arve Valley, composed of two local authorities, the Communauté de Communes du Pays du Mont-Blanc, and the Communauté de Communes de la Vallée de Chamonix-Mont-Blanc.
Following a socio-anthropological approach, the first steps of this research aimed to understand how the inhabitants of this mountain tourist territory dealt with climate change. Through the notion of iteration, we will show how the study was empirically and inductively reoriented towards issues of air quality.
This thesis focuses on the political construction of two environmental issues in this region as public problems: climate change and air pollution. The goal is to give an account of the complexity of these issues by relating the of local populations, their collective itineraries and the appropriation of these problems by social movements. Although the controversies related to climate change are very much present on the national and international scale, the phenomenon remains difficult to understand on a local scale, even when it refers to realities that are quite tangible, as it is the case in the study area, where glaciers are retreating fast. Indeed, environmental sensitivities are more polarized around issues related to air quality, which has been a major public health issue for several decades, marked by collective struggles and pre-existing debates related to climate issues in the region. The numerous links, amalgams, connections, shifts and confusions encountered during fieldwork between these two themes reveal an understanding of climate issues based on known frames of reference, which are part of the collective history of the actors involved.
In order to address these issues, this research borrows from the constructivist sociological perspective of "public problems", which refutes a naturalistic vision of problems, and postulates that they are constructed through a process of problematization of reality. In this process, citizen mobilizations play a fundamental role. In fact, this research focuses on the formation and motivations of social movements that emerged at the end of the 1980s in the upper Arve Valley, reformulating their claims through different framing processes.
In this regard, the thesis goes beyond the approaches that imply a framing contest, a frame dispute, or a frame resonance dispute formulated by Benford and Snow (Benford, Snow, 2012 [2000]), but also against the idea of a “unique frame” or of a “generic frame” (Borah, 2011), to endorse the existence of cohabitation of frames or mixed frames (Ibid.). I also consider that the impetus of these environmental-related frames is based on factors that are external to social movements that nuance the rationalist vision of collective action.
Finally, a look will be made on the evolution of the “registers of action” (Ollitrault, 1999, 2008) mobilized by activist groups since the early stages of the protest movement in the early 1990s. This evolution is characterized by an opening up of strategies implemented by collective actors and activist leaders.
Création de la notice
04/01/2022 12:14
Dernière modification de la notice
05/01/2022 6:36
Données d'usage