Relation entre psychose et milieu urbain : une approche basée sur l'expérience

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State: Public
Version: After imprimatur
License: Not specified
Serval ID
serval:BIB_8BECA1782730
Type
PhD thesis: a PhD thesis.
Collection
Publications
Institution
Title
Relation entre psychose et milieu urbain : une approche basée sur l'expérience
Author(s)
Abrahamyan Empson Lilit
Director(s)
Conus Philippe
Institution details
Université de Lausanne, Faculté de biologie et médecine
Publication state
Accepted
Issued date
2019
Language
english
Abstract
L’évitement de la ville par les patients souffrant de psychoses précoces : un domaine d’investigation négligé et une cible thérapeutique potentielle pour les stratégies de rétablissement
Contexte : Un nombre considérable d’études a tenté d’explorer le lien entre le développement précoce en milieu urbain et le risque augmenté de développer des troubles psychotiques. Toutefois, le milieu urbain est autant un agrégat de facteurs de risque, qu’un lieu de socialisation plein de ressources. Les objectifs de la présente recherche étaient donc l’exploration des tendances d’utilisation de la ville, la perception de facteurs de stress cruciaux et la sensibilité aux différents stimuli par les patients proches de leur première décompensation psychotique.
Méthodes : nous avons lancé une enquête par un questionnaire construit par nos soins en nous basant sur des éléments recueillis pendant les étapes précédentes de notre recherche (des go-along’s vidéo enregistrées et une revue de la littérature). 305 patients ayant traversé un premier épisode psychotique et 220 étudiants en médecine ont été invités à y répondre.
Résultats : le taux de réponse par les patients était faible (38%). L’évitement de la ville et les perceptions négatives du milieu urbain connaissent une croissance après un premier épisode psychotique. Ceci est en partie imputable à une plus grande problématisation des interactions sociales (le regard porté sur eux ou une ouverture moindre au contact avec les autres) et peut être expliqué en partie par l’auto- stigmatisation renforçant les phénomènes de retrait social. L’évitement de la ville corrèle également positivement avec les dimensions sensorielles de la ville, notamment le bruit et le contact physique, qui sont perçus comme davantage désagréable depuis l’apparition de troubles psychotiques. Ceci nous renvoie au sentiment de surcharge sensorielle rapporté par un tiers de nos patients.
Bien que les contrôles et les patients pouvaient évoquer des appréciations des lieux relativement similaires, notamment s’agissant de leur perception de la foule, ces deux groupes divergent de façon importante par rapport à leur capacité à bénéficier des lieux urbains dite réparatrice, comme les espaces verts et le bord du lac. De plus, bien que les contrôles relevaient un nombre plus important d’aspects urbains déplaisants, l’évitement de la ville de leur part était beaucoup moins important témoignant de leur plus grande capacité à y faire face.
Conclusions : le développement de psychoses influence la perception des patients de la ville et leur capacité de bénéficier des aspects positifs de l’environnement urbain menant à un taux important d’évitement de la ville. Prenant en considération le rôle que l’évitement de la ville peut exercer sur les relations sociales et donc sur le processus de rétablissement, le développement de stratégies thérapeutiques à cet égard (un domaine jusqu’à l’heure négligé), mérite une attention toute particulière.
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Background: A considerable amount of research has explored the link between living in an urban environment during childhood and the increased risk to develop psychosis. However, the urban milieu is more than a risk factor as it is also a place for socialization and enrichment. The aims of the current study were to explore, in a large sample of early psychosis (EP) patients, their pattern of use of the city, their perception when exposed to various critical stressors, and their sensitivity to diverse forms of stimuli.
Methods: We sent a questionnaire (based on previous work conducted in a group of patients, including video-recorded walk-along in the city and a literature review) to 305 EP patients and to 220 medical students.
Results: Response rate in patients was low (38%). City avoidance and negative perceptions towards the urban environment increased in patients after onset of psychosis. Patients’ tendency to avoid city center correlates with both problematic social interactions and stimuli perceived as unpleasant. Patients seemed less likely to enjoy urban spaces considered as relaxing, suggesting a lower capacity to benefit from positive aspects of this environment.
Conclusions: The development of psychosis influences the way EP patients perceive the city and their capacity to feel at ease in the urban environment, leading to a high rate of city avoidance. Considering the possible influence of city avoidance on social relations and the recovery process, the development of strategies to help patients in this regard may have a significant effect on their recovery process.
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L’urbanicité : la nécessité de nouvelles voies d’exploration de la relation entre le milieu urbain et les psychoses
Contexte : Un nombre considérable d’études suggère que la vie en milieu urbain contribue au développement de troubles psychotiques. Néanmoins, les mécanismes expliquant ce phénomène demeurent peu clairs. Cet article tend à synthétiser l’état de connaissance actuelle, identifier les limitations autant sur des concepts théoriques, que des approches de recherche appliquées à ce jour et explorer sur cette base les pistes complémentaires permettant une meilleure compréhension du phénomène étudié.
Méthode : Revue de la littérature concernant l’urbanicité et les psychoses sur les bases de données numériques (EMBASE, MEDLINE Ovid SP, PSYCINFO, PubMed) au Août 2017.
Résultats : L’impact de l’urbanicité résulte d’une panoplie large de facteurs (biologiques, environnementaux, planification urbaine et éléments bâtis, stimuli sensoriels, effets sociétaux etc.) amenant au développement du ’stress social’. Ce dernier semble lier l’exposition précoce au milieu urbain au développement des psychoses par des cheminements interconnectés (neuro- et socio- développemental), possiblement unifiés par une hyperactivité dopaminergique dans le système mésocorticolimbique. La notion de stress urbain reste toutefois peu définie et les recherches se basant sur l’expérience vécue de patients peu nombreuses.
Conclusions : Malgré l’accumulation des données, la majorité des recherches conduites jusqu’à l’heure n’ont pas permis d’expliciter comment les facteurs spécifiques de l’environnement urbain se conjuguent dans le quotidien de patients psychotiques afin de créer des milieux protecteurs ou de stress. Ceci mine la traduction de vastes connaissances épidémiologiques en des stratégies thérapeutiques et urbanistiques efficaces. Les nouvelles recherches menées sur le sujet doivent donc davantage faire appel aux approches interdisciplinaires (psychiatrie, épidémiologie, géographie humaine, urbanisme etc.) afin d’enrichir les méthodes de recherche, d’assurer le développement des stratégies thérapeutiques et préventives, de même que créer des environnements urbains propices au bien être psychologique.
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Aim: A growing body of evidence suggests that urban living contributes to the devel- opment of psychosis. However, the mechanisms underlying this phenomenon remain unclear. This paper aims to explore the best available knowledge on the matter, iden- tify research gaps and outline future prospects for research strategies.
Method: A comprehensive literature survey on the main computerized medical research databases, with a time limit up to August 2017 on the issue of urbanicity and psychosis has been conducted.
Results: The impact of urbanicity may result from a wide range of factors (from urban material features to stressful impact of social life) leading to “urban stress.” The latter may link urban upbringing to the development of psychosis through overlapping neuro- and socio-developmental pathways, possibly unified by dopaminergic hyper- activity in mesocorticolimbic system. However, “urban stress” is poorly defined and research based on patients' experience of the urban environment is scarce.
Conclusions: Despite accumulated data, the majority of studies conducted so far failed to explain how specific factors of urban environment combine in patients' daily life to create protective or disruptive milieus. This undermines the translation of a vast epidemiological knowledge into effective therapeutic and urbanistic develop- ments. New studies on urbanicity should therefore be more interdisciplinary, bridging knowledge from different disciplines (psychiatry, epidemiology, human geography, urbanism, etc.) in order to enrich research methods, ensure the development of effec- tive treatment and preventive strategies as well as create urban environments that will contribute to mental well-being.
Keywords
psychosis, urbanicity, city, stress, recovery, treatment, environmental risk, risk factors, schizophrenia
Create date
03/02/2020 11:36
Last modification date
12/02/2020 7:26
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