LA LÉGITIMATION ARTISTIQUE DE L'AFFICHE EN REPUBLIQUE POPULAIRE DE POLOGNE (1944-1968) : PRATIQUES, DISCOURS ET INSTITUTIONS

Details

Request a copy
Serval ID
serval:BIB_5F0103136203
Type
PhD thesis: a PhD thesis.
Collection
Publications
Institution
Title
LA LÉGITIMATION ARTISTIQUE DE L'AFFICHE EN REPUBLIQUE POPULAIRE DE POLOGNE (1944-1968) : PRATIQUES, DISCOURS ET INSTITUTIONS
Author(s)
Matul Katarzyna
Director(s)
Kaenel Philippe
Codirector(s)
Ducret André
Institution details
Université de Lausanne, Faculté des lettres
Publication state
Accepted
Issued date
2018
Language
french
Abstract
Parmi les phénomènes artistiques polonais de la période communiste, rares sont ceux qui jouissent d'une aussi grande estime, tant en Pologne qu'à l'étranger, que l'affiche polonaise. Celle-ci est le plus souvent associée au terme de I' « école polonaise de l'affiche » qui est caractérisée dans l'historiographie par l'aspect expressif, personnel et subjectif des œuvres transcrit à travers l'immédiateté du geste pictural dans le dessin et dans la typographie, ainsi que par l'usage de la métaphore, du symbole et de l'humour comme moyens d'expression en raison des contraintes liées à la censure. Un certain nombre de noms d'artistes y sont associés comme Tadeusz Trepkowski, Henryk Tomaszewski, Jôzef Mroszczak, Jan Lenica, Wojciech Fangor, Wojciech Zamecznik ou Roman Cieslewicz. Si la dimension artistique de I' « école polonaise de l'affiche » est quasiment indiscutable dans l'historiographie, elle est souvent accompagnée d'une question : comment une production graphique si libre, expressive, renouant avec l'art moderne occidental et transgressant les frontières entre le graphisme et la peinture a-t-elle acquis une légitimité artistique aussi grande en République populaire de Pologne, où l'art était soumis à la censure et aux directives propagandistes du Parti ? Comment l'affichiste s'est-il mué en artiste ?
La présente thèse démontre que le phénomène de la légitimité artistique de l'affiche polonaise de type « moderne » ne s'explique pas par la négligence des pouvoirs publics vis-à-vis de ce genre de production culturelle fut-il d'importance propagandiste moindre par rapport aux affiches politiques. Au contraire, la valorisation de ce type d'affiche s'inscrit parfaitement dans les visées de la politique culturelle interne et étrangère de la République populaire de Pologne. Au niveau national, l'affiche est considérée comme un parfait « art démocratique » et pédagogique, accessible à tous, permettant une meilleure éducation esthétique des classes populaires que ne l'autorisent les genres « majeurs » de l'art. Au niveau international, elle est considérée comme un excellent produit d'exportation de la culture polonaise qui prouve la supériorité du système communiste sur le système capitaliste. Son caractère gratuit (l'art qui n'aurait pas fait vendre en raison de l'absence de marché libre), « moderne » (englobant la modernité occidentale et soviétique) ainsi que son originalité (média d'origine utilitaire mué en une vraie oeuvre d'art grâce au système communiste) répondent, en effet, parfaitement à l'ambition des dirigeants communistes durant la période de la guerre froide : s'afficher à l'étranger en tant que gouvernement progressiste et « moderne ». Or si une telle conception de l'affiche est légitimée par les dirigeants politiques, c'est grâce à un ensemble d'acteurs qui occupent souvent différents postes simultanément : artistes, critiques, conservateurs de musée et commissaires d'exposition, membres des jurys de sélection des affiches pour la publication qui gagnent une position de pouvoir leur accordant une grande marge d'initiative et de possibilités d'action au sein du réseau d'interdépendances politiques et artistiques dans lequel ils s'inscrivent.
LA LÉGITIMATION ARTISTIQUE DE L'AFFICHE EN REPUBLIQUE POPULAIRE DE POLOGNE (1944-1968) : PRATIQUES, DISCOURS ET INSTITUTIONS
Parmi les phénomènes artistiques polonais de la période communiste, rares sont ceux qui jouissent d'une aussi grande estime, tant en Pologne qu'à l'étranger, que l'affiche polonaise. Celle-ci est le plus souvent associée au terme de I' « école polonaise de l'affiche » qui est caractérisée dans l'historiographie par l'aspect expressif, personnel et subjectif des œuvres transcrit à travers l'immédiateté du geste pictural dans le dessin et dans la typographie, ainsi que par l'usage de la métaphore, du symbole et de l'humour comme moyens d'expression en raison des contraintes liées à la censure. Un certain nombre de noms d'artistes y sont associés comme Tadeusz Trepkowski, Henryk Tomaszewski, Jôzef Mroszczak, Jan Lenica, Wojciech Fangor, Wojciech Zamecznik ou Roman Cieslewicz. Si la dimension artistique de I' « école polonaise de l'affiche » est quasiment indiscutable dans l'historiographie, elle est souvent accompagnée d'une question : comment une production graphique si libre, expressive, renouant avec l'art moderne occidental et transgressant les frontières entre le graphisme et la peinture a-t-elle acquis une légitimité artistique aussi grande en République populaire de Pologne, où l'art était soumis à la censure et aux directives propagandistes du Parti ? Comment l'affichiste s'est-il mué en artiste ?
La présente thèse démontre que le phénomène de la légitimité artistique de l'affiche polonaise de type « moderne » ne s'explique pas par la négligence des pouvoirs publics vis-à-vis de ce genre de production culturelle fut-il d'importance propagandiste moindre par rapport aux affiches politiques. Au contraire, la valorisation de ce type d'affiche s'inscrit parfaitement dans les visées de la politique culturelle interne et étrangère de la République populaire de Pologne. Au niveau national, l'affiche est considérée comme un parfait « art démocratique » et pédagogique, accessible à tous, permettant une meilleure éducation esthétique des classes populaires que ne l'autorisent les genres « majeurs » de l'art. Au niveau international, elle est considérée comme un excellent produit d'exportation de la culture polonaise qui prouve la supériorité du système communiste sur le système capitaliste. Son caractère gratuit (l'art qui n'aurait pas fait vendre en raison de l'absence de marché libre), « moderne » (englobant la modernité occidentale et soviétique) ainsi que son originalité (média d'origine utilitaire mué en une vraie œuvre d'art grâce au système communiste) répondent, en effet, parfaitement à l'ambition des dirigeants communistes durant la période de la guerre froide : s'afficher à l'étranger en tant que gouvernement progressiste et « moderne ». Or si une telle conception de l'affiche est légitimée par les dirigeants politiques, c'est grâce à un ensemble d'acteurs qui occupent souvent différents postes simultanément : artistes, critiques, conservateurs de musée et commissaires d'exposition, membres des jurys de sélection des affiches pour la publication qui gagnent une position de pouvoir leur accordant une grande marge d'initiative et de possibilités d'action au sein du réseau d'interdépendances politiques et artistiques dans lequel ils s'inscrivent.

Create date
29/03/2019 12:55
Last modification date
20/08/2019 15:16
Usage data