Cannabis et conduite automobile

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Serval ID
serval:BIB_42284
Type
PhD thesis: a PhD thesis.
Collection
Publications
Institution
Title
Cannabis et conduite automobile
Author(s)
Ménétrey A.
Director(s)
Mangin P.
Institution details
Université de Lausanne, Faculté de biologie et médecine
Address
Lausanne
Publication state
Accepted
Issued date
2004
Language
french
Number of pages
334
Notes
REROID:R003858900; 30 cm ill.; Old school value: Université de Lausanne
Abstract
RÉSUMÉ
Cette thèse intitulée « cannabis et conduite automobile » a été réalisée au sein du Laboratoire de Toxicologie et Chimie Forensiques de l'Institut Universitaire de Médecine Légale de Lausanne. Un des domaines dont s'occupe ce laboratoire est celui des « médicaments et drogues au volant » : lorsqu'une personne est suspectée d'avoir conduit sous influence de médicaments et/ou de drogues, des prélèvements de sang et d'urine sont effectués. Dans ces échantillons, la présence de substances ayant pu modifier le comportement de la personne au volant est recherchée par le laboratoire.
Parmi les substances détectées dans les cas de suspicion de conduite sous l'influence de drogues ou de médicaments, les cannabinoïdes sont les substances les plus fréquemment mises en évidence. D'autre part, plusieurs études réalisées sur le cannabis fumé au moyen de tests psychotechniques ou de simulateurs de conduite ont notamment indiqué une diminution dans la précision des tâches, une diminution du contrôle du véhicule, des capacités d'attention divisée, de jugement, de mémoire, et une augmentation du temps de décision. Toutes ces observations suggèrent que le cannabis pourrait être à la source de nombreux accidents de circulation.
A côté du cannabis fumé, des produits dérivés du cannabis sont fréquemment consommés par voie orale, tels des thés, du chocolat, des biscuits, des cakes... De plus, il se pourrait que le THC, la principale substance active du cannabis, soit prochainement introduite dans la pharmacopée suisse. En effet, sa forme synthétique, le dronabinol est déjà prescrite aux USA pour atténuer les nausées provoquées par une chimiothérapie chez des patients atteints de cancer et aussi pour stimuler l'appétit chez des patients sidéens. Enfin, les extraits bruts de cannabis, contenant plusieurs substances autres que le THC, pourraient ne pas avoir les mêmes effets psychomoteur que le THC pur.
Dans la pratique médico-légale, la diminution des performances doit être mise en relation avec les concentrations de cannabinoïdes dans le sang. Pour ce faire des modèles d'interprétation de ces concentrations ont été proposés dans la littérature scientifique. Huestis (1992) a développé deux modèles pour estimer le temps écoulé entre la consommation de cannabis et le prélèvement de sang. Daldrup (1996) a défini un paramètre, le facteur d'influence au cannabis, ou CIF, pour établir une limite au-dessus de laquelle il y a diminution de la capacité à conduire due au cannabis.
L'objectif principal de ce travail de thèse était d'une part d'accroître les connaissances sur la pharmacocinétique des cannabinoïdes. D'autre part, il s'agissait d'évaluer et de comparer les effets sur la capacité à conduire d'une administration orale de THC pur ou d'extraits de cannabis. L'axe de recherche était centré sur l'amélioration de l'interprétation forensique des concentrations de cannabinoïdes dans le sang de conducteurs suspectés de conduire sous influence de cannabis.
Du cannabis a donc été administré par voie orale à 8 volontaires, de manière randomisée et en double aveugle, sous la forme de capsules de dronabinol contenant au total 20 mg de THC, ou sous forme de décoctions de cannabis ciblées à 20 ou 60 mg de THC. Des capsules et des tisanes placebo ont également été administrées. A chaque période, des échantillons de sang et de salive ont été prélevés, afin de déterminer les concentrations et les cinétiques du THC, du 11-hydroxy-THC (11-OH-THC, métabolite psychoactif du THC) et de l'acide THC-carboxylique (THCCOOH, principal métabolite du THC). Ces analyses ont été réalisées selon une méthode validée dans le cadre de cette thèse pour obtenir une plus grande sensibilité. Celle-ci fait appel à la chromatographie gazeuse couplée à la spectrométrie de masse en mode de ionisation chimique négative (GC-MS-NCI). Des limites de quantification de 0.3 ng/ml pour le THC, 0.8 ng/ml pour le 11-OH-THC et de 0.1 ng/ml pour le THCCOOH ont été atteintes.
Lors de chaque prélèvement, les effets des différents traitements ont été évalués par le biais de tests cliniques et psychotechniques. Des questionnaires ont également été soumis aux volontaires.
Afin de s'assurer que les concentrations de cannabinoïdes ne changent pas lors de la conservation des échantillons de sang, la stabilité du THC et de ses métabolites a été étudiée au cours du temps et à diverses températures. Les résultats indiquent que les concentrations de THC et de 11-OH-THC dans le sang diminuent au cours du temps lors de la conservation à 4°C, mais peu ou pas à -20°C. Par contre, les concentrations de THCCOOH restent stables à 4°C sur une période de 2 mois.
Une grande variabilité des concentrations et des cinétiques des cannabinoïdes entre les volontaires a été observée pour un même traitement. En moyenne, les concentrations maximales de cannabinoïdes sont atteintes plus rapidement suite à l'administration des décoctions que lors de l'ingestion du dronabinol. Toutefois, des concentrations moyennes semblables sont mesurées lorsque des quantités similaires de THC ou de dronabinol sont ingérées. Les concentrations les plus fortes sont mesurées après ingestion de la décoction contenant la plus forte dose de THC. Après prise orale de cannabis ou de dronabinol, les volontaires indiquent ressentir fortement les effets du cannabis. Ils présentent des conjonctives injectées, une volonté de conduire diminuée et des performances psychomotrices et sur simulateur réduites. Ces effets sont d'autant plus intenses que la dose ingérée est forte.
En conclusion, la présente étude suggère une influence néfaste de la consommation orale de cannabis ou de dronabinol sur la capacité à conduire chez un volontaire sain consommateur occasionnel de cannabis.
SUMMARY
This Ph.D. thesis entitled "cannabis and driving" was performed at the "Laboratoire de Toxicologie et Chimie Forensiques" of the "Institut Universitaire de Médecine Légale" in Lausanne. This laboratory works notably on the impact that drug consumption may have on driving : when a person is suspected of driving under the influence of drugs, biological samples (e.g. blood or urine) are collected. These samples are then analysed to confirm or infirm the hypothesis of driving under drug influence. In case of confirmation, the drug is quantified and an evaluation of the driver performances at the sample collection time is made whenever it is possible.
Cannabis use has dramatically increased during the last years in Switzerland. It seems to be the most widely used and the most accepted illegal drug : cannabis is not perceived as harmful for health in the Swiss population, and cannabis by-products supply has considerably developed : more and more foodstuffs and beverages containing cannabis extracts are available on the Swiss market. Moreover, an oral form of tetrahydrocannabinol (THC, the main psychoactive component of cannabis), named dronabinol, could be introduced soon in the Swiss pharmacopoeia.
The main problem of cannabis use concerns above all car driving. Indeed, cannabis smoking has frequently been associated with car driving and traffic accidents and impairment of driving performance due to cannabis smoking has been suggested in many epidemiological and experimental studies. Traffic safety is therefore threatened to a yet unknown extent with the increase in cannabis consumption. In forensic practice, driving performance impairment due to cannabis must be related to cannabinoids blood concentrations. To facilitate the interpretation of cannabinoids blood levels, several models were set up. One way to assess the influence of cannabis on driving capacity is to determine the time of cannabis exposure and to compare it to the time of the legally relevant event. Two mathematical models aimed at calculating the time of cannabis intake from one single blood cannabinoids concentrations measurement were published by Huestis (1992). Daldrup (1996) defined a parameter, the Cannabis Influence Factor (CIF), to establish a level above which the driving capability is impaired due to cannabis use.
In contrast to cannabis smoking, little effort has been made to study the effects of an oral intake of cannabis or an administration of chemically pure THC (dronabinol) on driving performance. These two preparations, which differ in their cannabinoid composition, might also differ in their psychopharmacological properties. Moreover, following oral intake, cannabinoids pharmacokinetics and effects are different from what is observed after smoking.
The main goal of the present study was to increase of the knowledge about cannabinoids pharmacokinetics of the oral administrations of pure THC or of cannabis extracts, and about the effects of these oral administrations on driving capability. This was done in order to improve the forensic interpretation of the cannabinoids blood levels in drivers suspected of driving under the influence of cannabis. Cannabis was therefore administered orally under randomised and double blind conditions to eight volunteers either as dronabinol capsules containing a total amount of 20 mg THC or as cannabis decoctions targeted to contain 20 or 60 mg THC. Capsules or herbal decoctions containing no THC were also administered as placebo. During each session, blood and saliva samples were collected in order to determine cannabinoids levels. THC, 11-hydroxy-THC (11-OH-THC; a psychoactive metabolite of THC) and carboxy-THC acid (THCCOOH, the main THC metabolite) were analysed in this samples with a new method which validation took place in this study, in order to achieve a high sensitivity. This gas-chromatography-mass spectrometry method operating in the negative chemical ionisation mode (GC-MS-NCI) allowed to improve the limit of quantitation at 0.3 ng/ml for THC, 0.8 ng/ml for 11-OH-THC and 0.1 ng/ml for THCCOOH. At the samples collection time points, clinical and psychotechnical tests were concurrently carried out. These tests were chosen to study functions that are known to be impaired when driving after marijuana smoking.
In order to make sure that no significant change in cannabinoids levels occurred during storage, preliminary experiments were carried out to determine the stability of THC and of its main metabolites in blood specimens stored at various temperature. This study indicated that THC and 11-OH-THC concentrations in whole blood decreased with storage time at 4°C, but at -20°C little effects were observed. THCCOOH concentrations are comparatively stable on a 2-month period at 4°C.
Blood pharmacokinetics showed considerable inter-subject variability. Mean pharmacokinetics showed that blood cannabinoids levels increased faster after decoction administration than after dronabinol administration, but differences between kinetics were not significant. Obvious clinical (eye reddening) and subjective (perception of "high", willingness to drive) effects were observed. Significant dose-dependant effects were also noticed with the roadsign testing and the tracking test on a car simulator.
Our data indicate that the "Huestis" models are not ideal models. Concurrently, the Cl F proposed by Daldrup is not sensitive when the data are compared to the results of the psychotechnical tests. So, models aimed at estimating the effects of cannabis on driving capability or at assessing the time of exposure through cannabinoids blood concentrations must be used with caution, at least when oral intake is concerned.
In conclusion, this study suggest a negative effect of an oral administration of cannabis or of dronabinol on driving capability in a healthy light cannabis user.
Create date
19/11/2007 13:37
Last modification date
29/05/2020 12:10
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