Pierre Viret et l'Islam

Details

Serval ID
serval:BIB_02F6D6B056F7
Type
A part of a book
Collection
Publications
Institution
Title
Pierre Viret et l'Islam
Title of the book
Pierre Viret et la diffusion de la Réforme : pensée, action et contexte religieux, Actes du colloque international tenu à Lausanne du 15 au 17 septembre 2011, Karine Crousaz et Daniela Solfaroli Camillocci (éds)
Author(s)
Crousaz Karine
Publisher
Antipodes
Address of publication
Lausanne
Publication state
Published
Issued date
2014
Pages
79-99
Language
french english
Abstract
(Résumé en français ci-dessous)
English Summary:
Viret and Islam
Although much work has been done on the way Luther and Melanchthon, as well as the Swiss-German reformers, saw Islam, less is known about the image of Islam that prevailed among the French-speaking reformers. The present essay aims to show what Viret knew of Islam, what his sources were and what he thought of the relations between Islam and Christianity.
Like Luther, Viret saw the military success of the Turks in the 15th and 16th Centuries as a form of divine punishment that should induce Christians to pray, improve their behavior and form a united religious front.
Viret only rarely mentioned the widespread theory that Islam was born from a Christian heresy. Instead, he tended to present Islam as a new religion deliberately composed by Muhammad out of various elements having their origins in Christianity, Judaism, and paganism, as well as other elements of Mohamed’s own invention. Viret compares Islam to a patchwork; he also compares it to a sort of “fish soup” –one that has been poisoned.
Viret catalogues the various factors that he feels underpinned the strong expansion of Islam. He maintains that in addition to the attractiveness of a “patchwork” message composed of elements from various established religions, cultural and political circumstances played an important role.
Viret feels that Catholicism and Islam have many similarities and maintains that the Pope and Muhammad represent the “small horn” referred to in the books of Daniel and Revelation; for him, they are figures of the Antichrist. Readers of the Bible can thus, writes Viret, interpret the “small horn” and the “second beast” as references to Muhammad or to the Pope, depending on where they are.
Contrary to Luther, Viret does not seem to have thought that the Turks were on the point of conquering western Europe, nor that Christians urgently needed to strengthen their faith in order to stand up to Islam; he did not, for example, refer specifically to dogma that starkly separated Christianity from Islam, such as the Trinity and the divinity of Christ. Instead, Viret remained focused on his two main objectives of reforming the Church and reforming Christian society in general. This does not prevent him from implicitly criticizing the Islamic ban on wine and pork when he mentions that such abstinence doesn’t help one to be saved. Nor does it keep Viret from overt criticism of Muslim marriage customs, which according to him cannot be considered true marriage rites since they allow polygamy. That said, what one finds more frequently than refutations of Islamic doctrine in Viret is praise for Islamic practices and beliefs, in pointed counter-distinction to his feelings on the practices and beliefs of Catholicism. With regard to Catholic religious images and the doctrine of the Eucharist that the reformers saw as idolatry, Viret forces his readers to look at the issue from another perspective when he writes that it is unsurprising that Jews and Muslims are scandalized by Christianity when they see Catholics worship images and affirm that their God is in a piece of bread that they eat.
Finally, it is worth noting that the way in which Viret represents the Turks changes significantly in his last work, l’Interim, which was published in 1565. While the Turks had often functioned as symbols of cruelty and barbarism in his earlier writings, they are depicted as models of religious tolerance in l’Interim. Viret had witnessed the horrible religious wars in France, and could not understand how Muslims tolerated Jews and Christians in their lands while Catholics (who tolerated Jews) continued to persecute Protestant Christians to the point of killing them. Although Viret was not the only 16th-century writer to emphasize the Turks’ tolerance, this positive perspective on Muslim countries is more typical of non-conformist and Anabaptist writers. The passage in l’Interim where Viret most radically parts ways with his Reformist colleagues is when he declares that religious divisions between Christians and Muslims find their origin in each party’s misunderstandings of its own religion and human passions. Viret states that men invoke religion to justify their violent acts, and he thinks that if men could manage to separate their religion from their “bad passions” it would be possible not only to reconcile Protestants and Catholics, but also the other monotheistic religions. This article ends with the observation that according to Viret, atheism represents a risk to Christianity that is at once more likely to be realized and more serious in its consequences than Islam.
Résumé:
Si les visions qu'avaient de l'Islam les réformateurs Luther et Melanchthon ainsi que les réformateurs de Suisse alémanique ont déjà été bien étudiées, tel n'est pas le cas pour les réformateurs de langue française. Cette contribution s'attache à montrer qu'elles connaissances Viret avait de l'Islam, par quelles sources et comment il considérait les relations de cette religion avec le christianisme.
Tout comme Luther, Viret perçoit les succès militaires turcs en Europe des XVème et XVIème siècles comme un châtiment divin, châtiment dont la menace devrait pousser les chrétiens à la prière, à l’amélioration de leur comportement et à montrer un front religieux uni.
Concernant la naissance de l'Islam, Viret suit assez rarement l'idée, pourtant largement répandue à l'époque, selon laquelle l'Islam est une hérésie issue du christianisme. Le plus souvent, il la présente comme une religion nouvelle, composée volontairement par Mahomet à partir d’éléments tirés du judaïsme, du christianisme, du paganisme et d’autres éléments de son invention. Viret compare l’Islam à une sorte de patchwork ou encore à un potage composé de plusieurs sauces auquel du poison aurait été ajouté.
Le réformateur expose les facteurs qui, selon lui, ont permis à la religion musulmanne de si bien s’établir. Selon lui, outre l’attractivité de son message composite sur les membres des différentes religions pré-existentes, des circonstances culturelles et politiques auraient joué un rôle important.
Selon Viret, catholicisme et Islam présentent de nombreuses similitudes. Il soutient l'idée que le pape et Mahomet sont tous deux la « petite corne » des visions bibliques du livre de Daniel et de l'Apocalypse et qu’ils constituent des figures de l’Antéchrist. Les lecteurs de la Bible peuvent donc interpréter la « petite corne » et la « seconde bête » comme se rapportant, en fonction de l’endroit où il se trouvent, soit à Mahomet soit au pape.
Contrairement à Luther, Viret ne semble pas avoir considéré ne paraît pas avoir considéré comme imminente la conquête des territoires d’Europe occidentale par les turcs ni comme urgent de renforcer les chrétiens dans leur foi face à l'Islam, par exemple en exposant spécifiquement les dogmes opposant le plus le christianisme à l'Islam tels que la trinité et la divinité du Christ. Viret reste toujours concentré sur ses buts de réformation de l’Eglise et de la société chrétienne. Cela ne l'empêche pas de critiquer implicitement l'’abstinence de vin et celle de viande de porc, en soulignant qu'elles n'apportent rien de particulier pour le salut, et de blâmer ouvertement le mariage musulman, qui, puisqu’il autorise la polygamie, ne peut pas selon lui être considéré comme un vrai mariage.
Toutefois, plus couramment que les réfutations de la doctrine islamique, on trouve chez Viret des mise en valeur de pratiques ou de croyance musulmanes, dans le but d’accabler les catholiques. Concernant les images religieuses et les conceptions de l'eucharistie que les réformés dénoncent comme une idôlatrie, Viret renverse la perspective de ses lecteurs en affirmant qu’il n’est pas étonnant que juifs et musulmans soient scandalisés par ce qu’ils croient être le christianisme, lorsqu’ils voient les catholiques vénérer des images et affirmer que leur Dieu se trouve dans un morceau de pain qu’ils mangent.
Finalement, soulignons que la représentation des Turcs change significativement dans le dernier ouvrage de Viret, l’Interim, publié en 1565. Alors qu’auparavant, les Turcs étaient souvent employés comme symboles de cruauté et de barbarie, ils deviennent dans cet ouvrage un modèle de tolérance religieuse. Pour Viret, qui a assisté à la barbarie des guerres de religions en France, il est incompréhensible que les musulmans tolèrent juifs et chrétiens sur leurs terres, mais que les catholiques, qui tolèrent eux-aussi les juifs, continuent de persécuter à mort les chrétiens protestants. Certes, Viret n’est pas le seul au XVIe siècle à mettre en avant la tolérance des Turcs, toutefois, cette image plus positive des souverains musulmans se trouve généralement sous la plume de non-conformistes et d’anabaptistes. Le point sur lequelle Viret s’éloigne le plus radicalement de ses collègues réformateurs, est toutefois lorsqu’il affirme, dans l'Interim, que les divisions religieuses entre chrétiens et musulmans ne proviennent de rien d’autre que de la méconnaissance de chacun de sa propre religion et des passions humaines. Viret constate que les hommes abusent du nom de la religion pour justifier les violences qu'ils commettent et il pense que si les hommes arrivaient à détacher la religion de leurs « mauvaises affections », il serait possible de réunir non seulement protestants et catholiques, mais aussi les autres religions monothéistes. Cette contribution se clôt sur le constat que Viret considérait que l'athéisme faisait peser sur la société chrétienne une menace à la fois fois bien plus probable et bien plus grave que l'Islam.
Create date
03/02/2020 11:57
Last modification date
05/02/2020 6:20
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